La politique de prévention du suicide en Nouvelle-Aquitaine

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Photo du visage d'une femme inquiète

Entre 2000 et 2016, le taux de décès par suicide en France a chuté de 33,5 %, c’est dire l’efficacité des actions de prévention mises en place.

Pourtant, avec 8 435 décès en France (derniers chiffres disponibles de 2016) et 88 762 tentatives de suicide (données largement sous-estimées car difficilement comptabilisables), le suicide demeure un véritable problème de santé publique.

En 2014-2016, en France métropolitaine, le taux standardisé de décès par suicide est de 14,6 pour 100 000 habitants. Il a diminué de 33,5 % entre 2000 et 2016.

Cette diminution concerne toutes les classes d’âge à l’exception des 45-54 ans entre 2000 et 2008, et des 95 ans ou plus au cours de la période 2008-2016.

Chez les adolescents et les adultes jeunes (10-24 ans), le suicide représente la 2ème cause de mortalité, quasiment à égalité avec la première cause que sont  les accidents de la route.

Le taux de décès par suicide augmente fortement avec l’âge, surtout chez les hommes.

En Nouvelle-Aquitaine, le taux de suicide est supérieur à celui de la France métropolitaine (18,7 pour 100 000 habitants) avec des disparités entre les départements :

  • La Corrèze apparait comme le territoire le plus touché avec 26,4 décès pour 100 000 habitants à l’inverse de la Gironde qui est le département le moins touché avec 14,7 pour 100 000 habitants.

Les hommes se suicident trois fois plus que les femmes. Dans notre région ils représentent 76,2 % des décès par suicide.

Les personnes de plus de 60 ans représentent 44,6 % de l’ensemble des suicides.

Depuis 2018, la Direction générale de la santé (Ministère des solidarités et de la santé) a engagé une stratégie multimodale de prévention du suicide qui se décline selon cinq actions complémentaires, en cours de déploiement dans chaque région :

  • FORMER : Poursuivre des actions de formation au repérage, à l’évaluation du potentiel suicidaire et à la prise en charge de la crise suicidaire
  • COMMUNIQUER : Veiller à un traitement informatif responsable du suicide pour prévenir la contagion suicidaire
  • INFORMER le public sur les ressources existantes en santé mentale
  • SOUTENIR : Mettre en place un numéro national de prévention du suicide
  • SUIVRE : Développer la prise en charge des suicidants en sortie d’hospitalisation

En Nouvelle-Aquitaine, cette stratégie se traduit aujourd’hui en 4 axes :

1/ La formation et la mise en réseau des acteurs d’un territoire

  • Le repérage du risque suicidaire : les personnes sentinelles

Expérimenté en particulier dans les départements de la Dordogne, Gironde et Charente, un réseau de sentinelles veille localement au repérage des personnes en grande détresse psychique. Ces sentinelles sont actuellement des professionnels issus de divers secteurs sensibilisés à l’écoute et au repérage du risque suicidaire afin d’orienter plus rapidement la personne vers le soin.

Ils ont bénéficié d’une formation à l’écoute, l’empathie et à l’orientation des personnes vers des professionnels de santé. Ce dispositif sentinelles s’inscrit dans un réseau plus large, comprenant des professionnels formés du même territoire, avec qui ils sont en interaction régulière.

A l’avenir, des citoyens volontaires pourront aussi devenir sentinelles pour que cette veille tende vers un maillage territorial plus large.

  • L’évaluation du potentiel suicidaire et l’intervention en crise suicidaire

En 2019, une soixantaine de formateurs régionaux, expérimentés pour la plupart, a suivi la nouvelle formation de la Direction Générale de la Santé sur les fonctions de repérage (sentinelles), d’évaluation du potentiel suicidaire et d’intervention en crise.

Ils formeront en suivant des professionnels et sentinelles de chaque département, afin d’élargir la vigilance et l’action collective auprès des personnes à risque suicidaire.

L’écoute téléphonique assurée par les associations SOS Amitié et Écoute et Soutien complètent cette offre de repérage et d’orientation des personnes en grande souffrance psychique, en articulation avec l’offre de soin.

2/ Une information juste et une médiatisation responsable du suicide

Depuis 2019, l’ARS Nouvelle-Aquitaine finance le déploiement de l’axe médias du programme Papageno au sein de son territoire (pour en savoir plus : voir ci-dessous « Comment parler du suicide dans les médias »).

Il s’agit d’accompagner les pratiques journalistiques sur le récit des cas de suicide : leur contenu pouvant avoir une incidence sur les personnes en grande détresse psychique. Une fois sensibilisés, les journalistes disposent des clés pour réduire l’effet Werther (augmentation du nombre de suicides après médiatisation inappropriée d’un cas de suicide) et promouvoir l’effet Papageno (effet protecteur par recours aux ressources d’aide).

3/ Le soutien aux endeuillés par suicide

Pour chaque décès par suicide on compte 7 personnes significativement impactées et 26 personnes endeuillées. Souvent isolées par la stigmatisation qu’engendre un suicide, les personnes endeuillées, bénéficient généralement d’un soutien social moins marqué que pour un deuil ordinaire.

Elles ont d’autant plus besoin d’un accompagnement, que le travail de deuil présente certaines particularités inhérentes à la nature même et à la violence du décès. Cette mort non naturelle  entraine chez les endeuillés de la culpabilité, parfois écrasante, une souffrance psychique pouvant conduire à une dépression, voire à un risque suicidaire ou un deuil traumatique.

En apportant rapidement un soutien dans le choc de leur douleur extrême, les acteurs tels que les associations, Vivre son Deuil, l’association régionale de prévention du suicide et de promotion de la santé mentale en Poitou-Charentes et les centres hospitaliers (La Valette en Creuse et Charles Perrens en Gironde) jouent un rôle essentiel dans la baisse du risque suicidaire.

4/ Le recontact et le suivi des personnes ayant fait une tentative de suicide

Sur 10 premières tentatives de suicide, les statistiques démontrent que 6 ne récidiveront jamais. Pour les 4 autres, la Direction Générale de la santé, relayée par l’ARS, encourage les acteurs du soin à mettre en place un accompagnement spécifique, dont les résultats ont démontré qu’ils diminuaient la récidive suicidaire.

C’est là que le dispositif VigilanS entre en action, justement pour rester « en veille » auprès de ces personnes fragilisées : en leur proposant un accompagnement personnalisé dans la durée, ils savent qu’ils ne sont pas seuls pour traverser cette période sensible.

Depuis 2018, les Centres Hospitaliers Charles Perrens (Bordeaux) et Laborit (Poitiers) sont engagés dans la mise en place de ce protocole qui devrait se déployer au niveau régional dans les mois qui viennent.

Eloïse Bajou, journaliste et référente régionale programme Papageno
Tél : 06 42 84 25 01
Mail : eloise.bajou@hotmail.com
www.papageno-suicide.com

La prévention du suicide est loin d’être aisée. Tout comme son traitement médiatique. S’agissant d’un sujet aussi sensible parce que touchant à l’intime, les journalistes se disent souvent démunis quant à la façon d’appréhender le sujet. Or, en tant que sujet, interrogeant le corps social, il est régulièrement susceptible de faire la Une des médias.

Toutefois, l’actualité en matière de recherche scientifique met en évidence que, dans certaines circonstances, les mots pour décrire le suicide peuvent s’avérer délétères.

C’est l’effet Werther selon lequel la diffusion médiatique d’un suicide peut être à l’origine d’un phénomène d’imitation (autrement appelé « contagion ») chez des personnes vulnérables. Le cas de l’actrice Marilyn Monroe en est une illustration : le mois suivant son décès, on a assisté à une augmentation de la mortalité par suicide de 12 % aux États-Unis et de 10 % en Grande-Bretagne (soit 363 suicides supplémentaires, rien que pour ces 2 pays). D’autres exemples célèbres en France (Dalida), Autriche (vague de suicide dans le métro de Vienne), Allemagne (le joueur de football Robert Enke) en témoignent.

À l’inverse, l’information, lorsqu’elle répond à certaines caractéristiques, pourrait contribuer à prévenir les conduites suicidaires. Cet effet protecteur est connu sous le nom de Papageno.

Photo Papageno

Le traitement médiatique du suicide requiert donc quelques précautions au moment de la rédaction d’un article ou de relater un fait. C'est pourquoi, l’équipe du programme Papageno intervient gratuitement dans les écoles de journalisme et auprès des journalistes en activité afin de les sensibiliser à ces effets et diffuser les recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé. 

Ces recommandations d’application simple se veulent être un soutien au travail journalistique sur le sujet délicat du suicide. Sans entraver l’indépendance du journaliste, elles l’aident à limiter au maximum le risque d’incitation suicidaire.